Hello les déco-addicts, aujourd’hui, je vais vous parler de l’une de mes passions, dévorante et irrépressible. Vous en saurez un peu plus sur moi et vous comprendrez un peu mieux d’où me viennent mes inspirations classiques, mon goût pour l’artisanat, les matériaux « nobles » et les traditions. Il s’agit d’un penchant non-élucidé pour la vaisselle. J’aime beaucoup la céramique et la poterie modernes, les collections de Marc UZAN, Eric HIBELOT ou Pia VAN PETEGHEM par exemple. Mais je suis vraiment fan de faïences anciennes et tout particulièrement de celles de Sarreguemines. Dans cet article, je vais donc vous parler un peu d’histoire, beaucoup de collections et passionnément de déco de table. J’adore mettre en scène ma vaisselle, la détourner, créer des décors dignes d’Alice au pays des Merveilles quand je reçois, grâce à ma vaisselle chinée.

Musee sarreguemines

Sarreguemines et son Musée de la faïencerie

Sarregue-whaat ? Sarreguemines est une petite ville à l’est de la Moselle (ça tombe bien, je ne suis pas très loin ;)), comptant approximativement 30 000 habitants et plutôt connue pour ses fonderies et ses usines de pneumatiques. En dehors de cela, c’est la ville qui abrite l’histoire de l’une des plus célèbres faïenceries de France. Je pense que vous voyez à peu près de quelle sorte de vaisselle je parle, celle que les grands-mères font fièrement trôner sur leurs buffets et leurs murs. C’est bien de ces vieilleries dont je suis tombée amoureuse il y a quelques années (mais pas toutes rassurez-vous).

Obernai Sarreguemines

Mon arrière-grand-mère possédait un service Carmen de Sarreguemines, dont il restait une soupière que j’avais aperçue durant mon enfance. Il y a 4 ou 5 ans, j’ai fais quelques recherches et j’ai commencé à en apprendre plus sur l’histoire de sa fabrication.

La réputation de la faïence de Sarreguemines n’est plus à faire, même à l’étranger. En un peu plus de deux siècles, la petite industrie familiale née à la Révolution a fait du chemin. De nombreux amateurs de ces pièces sont disséminés un peu partout dans le monde : en Allemagne, en Suisse, mais aussi en Chine par exemple. Aujourd’hui, ce sont des pièces de collection puisque la production a été stoppée.

Sarreguemines photo ancienne

Les faïenceries en 1892

L’histoire a commencé en 1790. Les frères Nicolas et Augustin JACOBY et leur associé Joseph FABRY installent la première manufacture à Sarreguemines. La ville compte alors 2500 habitants. Il s’agit d’une poterie qui emploie une vingtaine d’ouvriers, avec un seul four en fonction. On y fabrique du « cailloutage », une faïence fine composée d’argiles mélangées à des silex broyés et calcinés. Mais les difficultés d’approvisionnement en matières premières, la méfiance des habitants, la concurrence des autres manufactures françaises et anglaises, les troubles de la Révolution, empêchent le développement de l’affaire.

Paul UTZSCHNEIDER, jeune bavarois dynamique, ingénieux et créatif, reprend la manufacture en 1800 et la redresse rapidement. L’usine produit la plupart des carrelages pour le métro parisien lors de sa construction. Aidée par un blocus de l’Angleterre, alors principal fournisseur de faïences en Europe, l’entreprise va connaître un essor important. En 1812, elle emploie 160 ouvriers pour 7 fours à bois.

Sarreguemines Cluny

Les superbes services Cluny (1870) et Groseilles (entre 1900 et 1914)

En 1836, UTZSCHNEIDER confie la direction de la manufacture à son gendre, Alexandre DE GEIGER. Ce dernier poursuit l’agrandissement et se rapproche de la marque allemande Villeroy & Boch pour accroître l’activité. La révolution industrielle bat son plein et l’annexion de la Moselle à l’Allemagne en 1871 ne ralentit pas les commandes. Deux nouvelles usines sont construites à Digoin et Vitry-le-François, afin de garder une production française. Les lignes se diversifient et malgré l’industrialisation des procédés, les produits restent de luxe.

Lorsque Paul DE GEIGER (fils d’Alexandre) meurt en 1913, l’entreprise Utzschneider & Cie (comptant alors 1800 ouvriers) est scindée en deux : une société allemande gérant l’établissement de Sarreguemines et une autre française, « Les Établissements céramiques Digoin, Vitry-le-François et Paris ».

Faiences sarreguemines

La porcelaine colorée et raffinée de Sarreguemines à la belle époque

En 1919, après la première guerre mondiale, l’unité se reconstitue sous le nom de Sarreguemines-Digoin-Vitry-le-François et est administrée par la famille CAZAL, avec un siège social à Paris. Durant la Seconde Guerre mondiale, la faïencerie est mise sous séquestre et sa gestion confiée à Villeroy & Boch. A la libération de la ville, en 1944, les usines de la faïencerie sont en ruine. D’importants travaux de rénovation sont nécessaires. Les anciens fours sont remplacés par des fours tunnels, les bâtiments, ateliers, voies ferrées, canaux et routes sont remis en état. L’usine de Sarreguemines se spécialise alors dans les arts décoratifs (carrelages, fresques). On retrouve des productions made in Sarreguemines sur les murs des grands magasins et les entrées des immeubles chics à Paris et dans les grandes villes de France. La production de vaisselle baisse progressivement, les clients demandeurs de ce style si particulier sont de moins en moins au rendez-vous.

En 1978, suite à une OPA, la manufacture est rachetée par le groupe Lunéville-Badonviller-St-Clément. C’est le tournant décisif de l’histoire de la faïence à Sarreguemines : la fabrication de vaisselle est abandonnée en 1979 et l’usine se concentre sur celle du carrelage. En 1982, la faïencerie prend le nom de Sarreguemines Bâtiment. Dans l’usine de Vitry-le-François on produit du sanitaire, à Digoin on fait de la vaisselle pour la restauration collective et à Lunéville-Saint-Clément sont créées des pièces d’art.

En 2002, suite à un plan de reprise de 19 salariés et cadres devenus actionnaires, l’entreprise prend le nom de Céramiques de Sarreguemines. Il reste 130 ouvriers qui essayent de maintenir la production, mais l’entreprise est placée en liquidation judiciaire trois ans plus tard. L’activité s’arrête définitivement en 2007 et c’est bien triste car en plus d’une histoire de techniques, c’était aussi une belle histoire de femmes et d’hommes.

Voilà pour le point historique sur les faïenceries de Sarreguemines. Parlons maintenant de mes collections favorites. Il s’agit de pièces en porcelaine, composées de feldspath, de silex, de sable quartzeux, de kaolin argileux, de kaolin caillouteux et de phosphate de chaux obtenu à partir de poudre d’os calcinés. La cuisson de la pâte s’effectue à 1200° et dure entre 25 et 50 heures. Le décor est appliqué par transfert d’impression que l’on peut enrichir de couleurs vitrifiables et de dorures, posées au pinceau.

Tampon Sarreguemines

On peut situer facilement l’âge des pièces grâce aux poinçons et tampons placés sur le dessous. Il y a eu des centaines de collections et de motifs différents. Mes préférés sont les collections Carmen, Vega, Favori, Œillets, Fontanges et Xénia. Elles sont sorties aux alentours de 1875 et ont été produites jusqu’en 1920 à peu près. De magnifiques pièces centenaires !

Xenia Sarreguemines

A gauche : un broc de toilette Xénia / au centre : des assiettes collection Œillets / à droite : des assiettes Carmen

Favori Sarreguemines

Faience favori

Les très élégants services Favori bleu et rouge, reconnaissables grâce aux oiseaux caractéristiques 

Pour le moment, je me concentre sur ces modèles, dont certaines pièces sont courantes et faciles à trouver (assiettes plates, creuses, saucières, soupières). D’autres en revanche sont rares, précieuses… et chères… comme les moutardiers (le Saint-Graal du Sarreguemines), les plats sur pieds, les plats à asperge, les dessous de plats, etc. Je dois en avoir à peu près 250, assiettes, saucières, soupières, raviers et plats confondus.

Moutardier sarreguemines

Le moutardier : le must-have du collectionneur

Fontanges sarreguemines

Quelques exemples de pièces de formes rares du service Fontanges

Il m’arrive aussi parfois de craquer pour la vaisselle anglaise, surtout pour les services à thé, tellement jolis à mettre en scène.

vaisselle vintage

Buffet mado

Mon buffet mado, repeint il y a 2 ans, est mon meilleur pote de rangement pour mes tonnes de vaisselle

Ma collection est mise en valeur dans ma salle à manger surtout, grâce à deux colonnes anciennes trouvées sur Le Bon Coin et à plusieurs meubles. Pas très pratique pour la poussière, je vous l’accorde, mais ça a tellement de charme ! Je me sers également des récipients pour créer des pots pour mes plantes, des pots pourris, des bougeoirs…

Collection sarreguemines

Carmen Sarreguemines

Voici quelques exemples de vaisselle ancienne détournée pour créer une ambiance déco classique, rustique, pleine d’authenticité :

Service the anglais

Soupiere plantes

Mais le plus important pour moi, c’est de continuer à la faire vivre en l’utilisant le plus souvent possible pour manger. Elle ne passe pas au lave-vaisselle, donc c’est un peu fastidieux mais peu importe : les tables habillées de vaisselle ancienne sont tellement agréables.

Ceramique ancienne

Ce style revient en ce moment, on en voit dans les réceptions, mariages, dîners à thème. On peut facilement recréer une ambiance digne d’Alice au Pays des Merveilles avec la bonne nappe (la mienne est en toile de Jouy) et quelques accessoires à placer en centre de tables :

– un ou deux vieux réveils,
– des branches d’arbres,
– de la mousse, des branches et des fleurs,
– des pierres et cailloux (que l’on peut bomber aux couleurs de l’arc-en-ciel pour un côté féérique),
– des livres,
– des clés anciennes et autres objets en métal vieilli (cuivre, fer),
– des bougeoirs et chandeliers,
– des napperons et serviettes en tissus,
– des cartes à jouer (on peut les suspendre au plafond avec du fil en nylon).

mariage champêtre

Deco table ancienne

Deco alice au pays des merveilles

La jolie vaisselle ancienne dépareillée viendra compléter l’ensemble et le résultat sera inoubliable pour vos convives, j’en ai fait l’expérience :). Alors il ne faut pas hésiter à exhiber vos trouvailles : armoires ouvertes, étagères, vitrines… Remplissez vos cuisines et salles à manger de vaisselle (attention, on devient vite accro) et jouez sur l’accumulation d’objets pour créer une ambiance rustique, romantique, classique.

faience ancienne

Vaisselle ancienne

Armoire ancienne vaisselle

Cuisine ancienne

Cuisine deco vaisselle

Deco vaisselle ancienne

On reconnecte avec le passé dans la douceur et la mélancolie, mais sans tristesse. Simplement dans le respect des belles choses, des objets dont la valeur est donnée par le temps. Je ne pourrais plus me passer de ma vaisselle, c’est vraiment une passion pour moi. Si vous aussi vous la partagez, laissez-moi un petit commentaire, nous pourrons en causer :). Et si vous cherchez de la jolie vaisselle ancienne pour achever votre déco d’intérieur, envoyez-moi un message, je saurais vous conseiller et j’ai de très nombreuses pièces de porcelaine et faïence à vendre en Sarreguemines, Burgenland, Lunéville, style anglais (Royal Wessex, Churchill, Johnson Bros, Myott, Enochwedgwood, etc). Certaines sont déjà dans la boutique en ligne, d’autres attendent patiemment dans ma cave que je prenne le temps de les prendre en photo.

MERCI D’AVOIR PRIS LE TEMPS DE LIRE CET ARTICLE SUR VOTRE BLOG DÉCO DATCHA ! POUR ÊTRE AU COURANT DES NOUVEAUTÉS ET BONS PLANS :

Sources : infofaience.com  / sarreguemines-passions.eu / wikipedia / sarreguemines-museum.eu / Pinterest / so-photo.com