Comme la plupart de mes découvertes et coups de cœur de ces derniers temps, celui-ci a commencé sur Instagram… Une photo de tapisserie qui m’a tapé dans l’œil au milieu de la masse d’images. Des motifs qui tranchent dans l’ordinaire et qui intriguent. Un clic, un profil, une ambiance festive, simple mais très expressive. Des photos et des créations toutes plus réussies les unes que les autres. J’ai tout de suite voulu en savoir plus…

Julie YULLE

Il s’agit des créas de Julie VIGUIE, alias YÜLLE. Artiste, designer textile et papier, elle vit aujourd’hui à Paris. Elle touche à tout : les murs, les meubles, les vêtements, les objets… Un esprit décalé, des ambiances colorées très affirmées, voilà sa marque de fabrique, que l’on retrouve dans ses collections de tapisseries, housses de coussins, cadres, etc.

Tapisserie et papier-peint à motifs

Les tapisseries de Julie : une inspiration déco à chaque nouvelle pièce, des couleurs vivantes et des motifs qui ne sortent plus de la tête 😊

L’aventure commence après ses études à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Elle réalise des vases textiles et se fait repérer par la presse et le monde de la décoration d’intérieur. Salons de créateurs, co-direction d’un atelier-boutique (Les Malfaitrices, à Paris, quartier Bastille), elle est lancée et s’installe pour un bon moment dans l’univers des designers à suivre de près. Elle nous prouve qu’avec du talent, de la passion, de l’énergie et un bon sens de la com’, on peut percer !

Paper Art by Julie Yülle

Julie a désormais son propre atelier dans le XXème arrondissement. Dessin, peinture, découpages, collages, c’est là que naissent ses pièces uniques, ultra-vivantes et branchées aussi, qu’elle propose sur la boutique en ligne de son très joli site Internet ou dans des points de vente en partenariat. Elle a accepté de prendre un peu de son temps pour nous parler d’elle, de ses créations, de ses projets.

/ Julie bonjour 😊 et merci de prendre du temps pour répondre à mes quelques questions. Tout d’abord, j’ai lu que tu as fait des études de dessin à l’ENSAD. Tu as cette passion pour l’image depuis des années ? Comment se sont passées tes années d’apprentissage ?

En fait je suis tombée dedans quand j’étais petite ! J’ai toujours dessiné. Aussi loin que je remonte, je me suis toujours intéressée aux images qui m’entourent, que ce soit de la peinture (mon père est plasticien), ou de la « déco », je ne fais pas de hiérarchie. Quand on regarde, on regarde. Je me souviens des textiles, des papiers peints, des lieux de mon enfance qui me laissent des souvenirs en couleur. Aux Arts Déco, j’ai eu un coup de foudre pour la technique de la sérigraphie, c’est un moyen d’impression qui s’adapte à beaucoup de supports, avec une efficacité et une force considérable. Certains peintres s’en sont emparés. On peut sérigraphier sur papier, cuir, textile métal, bois… C’est une technique qui donne un certain pouvoir de réalisation, et on a les mains dans la couleur, tout ce que j’aime. Je continue à la pratiquer aussi souvent que je le peux.

Julie Yulle designer textile

/ Parles-nous de ton « style », comment t’est-il venu ? A quel moment cet univers coloré est-il né dans ton parcours ?

J’ai toujours aimé la couleur. Mais effectivement j’ai commencé par travailler le dessin et la « tache » avant d’avoir un travail aussi coloré. En réalité c’est très intuitif, les couleurs. J’ai suivi des cours théoriques, mais c’est surtout l’œil qui me guide. C’est difficile pour moi de parler de « mon style », je suis avant tout dans un travail artistique, et j’adore expérimenter. Les techniques nouvelles sont toujours de nouveaux territoires de jeu pour les artistes.

Vases textiles et cadres colorés

/ Pour faire le tour de tes compétences, peux-tu citer tous les « objets d’art » que tu travail ?

Au tout début de mon travail il y a les « Paper Art ». Je pars du papier, qui peut être encadré et mis au mur, travaillé en volume jusqu’à la miniaturisation, conçu en très grand pour une scénographie (vitrines de magasins, événementiels sur un salon…). Vient ensuite le travail du design avec le motif. Les motifs sont déclinés sur papier peint, et sur textile également. J’ai créé le vase « Yülle », qui est entre la sculpture et le vase, avec la fonction d’accueillir des fleurs fraîches (un tube en verre à l’intérieur le permet), mais il est en textile garni de rembourrage. Je propose des coussins également.

D’autres projets sont en cours, et les possibilités ne manquent pas dans le domaine. Dans ma pratique j’ai exploré le vêtement et les accessoires, je fais de nombreux « prototypes » qui deviendront probablement plus tard des objets disponibles à la vente. Je travaille aussi à la commande et sur devis, autant pour des réalisations textiles que des propositions personnalisées autour du papier, en version originale ou imprimées.

/ Comment définirais-tu ton univers ?

Je dirais que mon domaine de prédilection est le monde végétal, mais que je vois cet univers végétal comme un monde très vivant. Il a beaucoup inspiré les artistes décorateurs. J’admire énormément de designers textiles qui ont également nourri et inspiré les peintres (on voit la passion de Matisse pour le motif dans sa peinture, par exemple…). Pour moi il y a une transversalité entre des univers qui ont trop été séparés l’un de l’autre. Je m’inscris dans une histoire de l’ornement, mon inspiration emprunte aussi bien aux textiles soviétiques, à la tradition britannique, à l’Art Déco, aux Arts populaires d’Amérique du Sud…

Mais je travaille « dans mon temps », avec les techniques d’aujourd’hui qui permettent l’intervention du volume, de la photo… Je peins, je découpe mes formes, je les travaille dans une composition, puis je les photographie, j’interviens ensuite sur ordinateur pour toute la phase de design qui permet ensuite de tout faire varier, couleurs, compositions, répétition… Pour une impression numérique. Cette technique également a révolutionné les possibilités de création, en permettant les plus petites séries, donc l’exception, la différence de proposition de l’artiste, en direct, quelque chose de très actuel.

/ Quels sont tes objectifs (si tu en as) lorsque tu te lance sur un nouveau projet ?

M’amuser ! M’étonner, me renouveler… Changer d’échelle, ou de support… Rencontrer d’autres savoir-faire, échanger, investir des champs nouveaux. Explorer, chercher, faire !

/ En fait, on est au cœur d’un sujet qui occupe beaucoup de décorateurs : l’art dans le quotidien ou plutôt le quotidien dans l’art. C’est l’un de tes axes de travail ?

Oui, pour moi d’ailleurs il n’y a pas de frontière. L’Art est partout, même si parfois il peut nous sembler médiocre. Tout est affaire de choix : tout le monde s’habille, met des textiles dans son intérieur, et peu de gens s’interrogent sur l’origine des motifs qui sont présents dans leur quotidien. Pourtant, il y a toujours un artiste derrière chaque design, si modeste soit-il. Le moindre petit motif, même une rayure ou un carreau, a été créé par quelqu’un. Et les textiles ont une histoire, entremêlée à l’histoire de l’Art, et à l’Histoire tout court, à la géographie, aux cultures… Personnellement je suis très sensible à ce qui m’entoure, je ne compartimente pas mon regard, par exemple, en voyage, je regarderai la nature par la fenêtre en intégrant la pièce depuis laquelle je la regarde. L’architecture, la couleur des murs, la lumière, les textiles, tout dialogue. Quand on accroche une œuvre au mur, là encore, on le fait dans un espace global.

Coussins colorés et coussins à fleurs

/ As-tu fait des formations de couture ? Ou d’autres complémentaires à ta formation initiale ?

Non, je n’ai jamais suivi de cours de couture, mais j’ai quelques fées qui m’ont aidée à apprendre. Règle numéro 1 : l’observation. C’est ce qui permet d’acquérir un bon coup de crayon, et aussi à comprendre comment les choses sont faites. Règle numéro 2 : ne pas avoir peur. Il faut y aller ! J’ai pas mal de pratique, et il faut aussi de l’exigence : c’est parce que je ne suis pas satisfaite de l’offre commerciale globale que j’ai investi ce territoire. Par contre, j’ai fait une formation complémentaire sur un logiciel que je n’avais pas suffisamment pratiqué quand j’étais à l’ENSAD, parce qu’à l’époque il me paraissait trop technique. C’est l’usage qui dicte les besoins, à mon avis c’est toujours bon d’apprendre. Mais on apprend beaucoup en pratiquant, et en se trompant aussi.

/ Comment t’es venue l’idée de commencer à commercialiser tes produits ?

Il y a plusieurs façons de pratiquer le métier de designer. On peut être édité, vendre anonymement son travail à d’autres… Chacun son chemin. De mon côté j’ai pris une voie de traverse, je suis arrivée là sans l’avoir pensé dans mon parcours dès le début. N’ayant pas les « codes » j’ai travaillé en artiste, avec un travail global. Et c’est ce travail global qui a fait de moi une designer. Ensuite, ce sont des rencontres, et la volonté permanente d’aller au bout des choses.

Boutique déco à Paris

/ Ton marketing et ta communication sont vraiment réussis je trouve. Quelqu’un t’accompagne sur le sujet ?

Merci ! Je travaille avec une agence qui me représente auprès des professionnels. C’est important pour moi d’avoir un regard complémentaire, un retour permanent, un accompagnement commercial… C’est précieux car cela m’encourage aussi, et ça m’aide à trouver les angles pour expliquer ma démarche sur mon site, notamment.

/ Comment répartis-tu ton temps aujourd’hui, entre la création et la promotion (avec un site Internet, un blog, les réseaux sociaux, les salons, etc.) ?

Je jongle en permanence ! La gestion prend toujours beaucoup trop de temps. Mais en même temps, le fait de devoir montrer sans cesse de nouvelles choses sur les réseaux sociaux est un formidable encouragement à la création. Pas moyen de s’endormir ! Les personnes qui te suivent veulent toujours de la nouveauté, c’est un gros défi. Et les contraintes sont nécessaires pour créer, sans cadre on ne fait rien.

/ Parviens-tu à équilibrer ta vie perso et ta passion ? As-tu encore du temps pour toi, ta famille, tes amis, les voyages, … ?

Bon, c’est vrai que c’est difficile parfois, je n’ai pas vraiment de week-end… La solution que je trouve pour l’instant la plus efficace, c’est d’avoir mon atelier chez moi. Je peux profiter de tous les petits « temps morts » du quotidien, je n’ai pas de temps de trajet… Ça a l’intérêt de ses inconvénients : je ne « baisse pas le rideau », je n’ai pas d’horaires… Mais je crois que c’est la plupart du temps la réalité des artistes. Cela demande du recul, de savoir hiérarchiser les impératifs… Mais j’ai une grande chance aussi : mes loisirs font partie de mon travail : les expos, par exemple, quand j’ai envie d’y aller, j’ai très bonne conscience !

Décoration d'intérieur chez Julie YULLE

Chez Julie, la déco d’intérieur est un mélange entre ses créas et des objets et meubles de famille ou chinés

/ Parles-nous un peu de ton « chez-toi », c’est aussi coloré que tes créas ? Tu es plutôt du genre atelier à la maison et bazar un peu partout (comme moi ^^) ou tu sors de ton univers quand tu rendre chez toi ?

Ah oui, ça, c’est coloré chez moi ! Je ne sors pas du tout de mon univers, mais je « me » mélange avec beaucoup d’autres éléments, car j’ai une petite tendance à la « collectionnite », je suis attendrie par certains objets. Parfois j’aimerais tout repeindre en blanc, pour avoir une nouvelle page pour m’exprimer, mais je ne serais pas capable de la laisser vierge. Ce que je fais, c’est que de temps en temps je change le papier peint au mur, je bouge les meubles, etc. Chez moi, il y a beaucoup d’affect dans la déco : des sculptures de mon père et mon frère, mes « Paper Art », mes textiles et papiers peints, mélangés aux objets et meubles de famille et chinés, tous vintage…

/ Aujourd’hui, est-ce que tu vis de tes créations ?

Ça commence doucement… Il faut être persévérant dans ces métiers, le temps de se faire connaître. On doit vraiment être profondément sincère et convaincu, ce n’est pas une mince vocation ! Il faut avoir une grande conviction, et dans ce domaine-là, le regard des autres, qui ne sont pas ni votre famille ni vos amis, est déterminant.

Tapisserie à motifs

/ Quel est ton prochain gros projet ?

J’en ai plusieurs. Mon site Internet va sortir à l’International fin mars, on est en train de finaliser les textes en anglais. Il y aussi une exposition sur le thème des jardins parisiens en collaboration avec « La galerie de la Marraine » qui sera lancée à la fin du mois. En parallèle, je travaille sur ma nouvelle collection textile pour la maison… Je suis également en train de mettre au point un vêtement, et des pochettes, mais je n’en dis pas plus pour l’instant !

Un énorme merci pour tes réponses sur le blog déco Datcha ! On en sait plus maintenant !


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MERCI D’AVOIR PRIS LE TEMPS DE LIRE CET ARTICLE SUR LE BLOG DECO DATCHA! POUR ÊTRE AU COURANT DES NOUVEAUTÉS ET BONS PLANS :